CRITIQUES

Encyclopédia Universalis

Dans le groupe des artistes russes, qui par sa diversité, ses audaces et son intensité expressive,a constitué l'élément le plus vivant de ce que l'on appelle l'école de Paris, le peintre Maurice Blond occupe une place à part.Tout en lui le prédestinait à être un peintre non seulement français, mais d'expression classique française mal gré le parfum slave qui se manifeste encore discrètement dans ses oeuvres. Ce n'est pas un hasard si son admiration allait d'abord à Matisse.

Maurice Blond, quoique russe, est né en Pologne. Il reçoit pendant quelque temps l'enseignement de l'Ecole des beaux- arts de Varsovie. On ne peut dire qu'il en sorte enrichi, changé ou révélé à lui-même. La révélation, c'est Paris où il arrive en 1924.

D'une manière générale, ce qu'il apporte avec lui de son pays natal, ce sont moins les premiers éléments constitutifs de son expression picturale ultérieure qu'un certaine manière d'être et de sentir; une modestie émouvante qui prend avec humilité ses distances avec la bravoure audacieuse. La dureté de la vie, qui ne l'épargne pas moins que ses amis et qui va provoquer chez eux l'instinct conquérant, n'aura pas raison de sa douceur indomptable. Un caractère intact jusqu'au bout le maintiendra, avec une dignité exemplaire, loin des outrances et des excès.

Ce Paris qu'il a choisi a été le lieu de sa révélation à lui-même, non le champ d'évocation de ses souvenirs d'enfance ou de paysages perdus, comme chez lma plupart de ses compagnons.

Dès se premières oeuvres, il affirme en un langage nuancé sa fidélité au merveilleux quotidien, qui ne le quittera plus jusqu'à son dernier tableau: d'emblée, Blond se manifeste comme le peintre des harmonies spirituelles évoquées par le présent le plus simple.

Le support de ses compositions, natures mortes ou paysages urbains le plus souvent,est d'une banalité consentie comme est en apparence, la vie réelle. Il se prive d'instinct, mais en toute conscience, des charmes vite fanés de l'hyperbole et de la fabulation. Le monde de Blond, pur de toute mise en scène tragique(Soutine) ou tragi-comique(Pougny) est dénué de tout apprêt. Ramené à l'extrême essentiel, il permet paradoxalement à la sentation d'atteindre sa vibration la plus intense et à la poésie picturale de se manifester d'une manière durable par-delà tous les modes d'expression à venir. Ses innombrables variations sur un fauteuil resteront des exemples saisissants de la métamorphose visionnaire du réel le plus humble.

Naturel et rigueur, profondeur et discrétion,sens très personnel des accords colorés, sont les qualités de cette oeuvre puissante et subtile qui ne perdra rien au fil du temps et qui affrontera au contraire les années à venir avec bonheur

Waldemar George

La tonalité du moindre de ses tableaux conserve un accent slave, celui des dialogues et des silences de Tchékov. Voilà où réside la vertu essentielle d'un imagier qui est un enchanteur.

Claude Roger-Marx

Blond pourrait être appellé le Bonnard slave. Il a quelque ressemblance avec ce dernier, par son visage un peu chinois, ses yeux de myope, sa fraîcheur d'âme, sa modestie et sa bonté. Ses oeuvres le montrent fidèle au merveilleux quotidien.... L'essentiel est suggéré par touches promptes et larges, les formes se trouvent accordées tout naturellement au fond. Et même lorsqu'un ton ose affirmer sa vivacité et son indépendance, c'est comme un cri vite étouffé.

Jean Bouret

Peintre typique de l'Ecole de Paris, la vraie, celle de Soutine, Krémègne, Chagall, Blond peint des toiles excellentes par leur volontaire simplicité, leur psychologie tour à tour anxieuse et tendre, sans couleurs hurlantes, mais avec fougue. Blond construit un bel univers malgré tout plein de calme. Un beau peintre en marge des modes et partant, authentique.

 

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